Pr Adjaratou Aïdara Ndiaye, directrice exécutive Partners West Africa Sénégal : « Le comportement humain impacte à près de 90% la sécurité routière »

Le Sénégal enregistre chaque année de nombreuses pertes en vies humaines sur les routes, soit 644 décès par an en moyenne sur la période 2015 - 2019. Face à ce constat, l'organisation internationale Partners West Africa (PWA)- Sénégal mène depuis des années des actions pour l’amélioration de la sécurité routière. A cet effet, elle a organisé les 6 et 7 juillet dernier à Dakar, un atelier de partage et de plaidoyer avec les acteurs étatiques. Cet atelier vise d’abord à partager l’expérience acquise par PWA – Sénégal dans le cadre du projet, les réussites ainsi que les leçons apprises, ensuite à faire le plaidoyer auprès de ces autorités et enfin à recueillir les recommandations des ces dernières pour une meilleure prise en charge de la sécurité routière au Sénégal. Pour en parler, nous avons interrogé la directrice exécutive de PWA – Sénégal , Professeur Adjaratou Aïdara Ndiaye.

 

Cesti Info : Pourquoi avoir organisé un atelier de partage et de plaidoyer avec les acteurs étatiques au sujet de la sécurité routière au Sénéngal ?

 Directrice PWA-Sénégal : Il s'agit de réunir les acteurs étatiques, surtout ceux qui vont participer à la prise de décision et également voter les lois, notamment l'Assemblée nationale, le Conseil économique, social et environnemental également, ceux qui sont chargés de la mise en œuvre des politiques publiques, de l'application stricte de la loi, les forces de défense et de sécurité notamment la police et la gendarmerie, l'agence d'assistance à la sécurité de proximité et également partager des leçons apprises et d'autres expériences  puisque nous sommes à Dakar avec les volontaires de la Ville de Dakar et les acteurs qui sont concernés donc les ministères concernés et consultants.

Partners Africa Sénégal, à travers un projet financé par le department d’Etat americain à travers l’INL. a mis l'accent sur le facteur humain et à travers des activités d'inclusion et également des CRD, des CDD, des sessions de dialogue, des workshop, nous avons pu collecter des recommandations issues de l'ensemble des acteurs.

Puisque cette deuxième décennie d'action de la sécurité routière vient de commencer en 2021 et les autorités étatiques de l'Etat du Sénégal vont prendre et ont pris des mesures pour prévenir et lutter contre l'insécurité routière. L’idéee, c’est de partager les recommandations issues aussi bien des autorités administratives locales, mais aussi des populations avec l'ensemble de ces acteurs non seulement pour influencer les politiques et les lois mais également pour qu'on puisse tenir compte de tout ces défis, de ces recommandations et de ces inquiétudes des populations dans les lois qui vont être prises en compte dans un court délai.

Quelles sont les résultats attendus à l'issue de ces échanges ?

 

Nous pouvons les décliner à court, moyen et à long terme.

A court terme, on attend un engagement de l’ensemble des acteurs. On a déjà un engagement qui se consent un peu. Mais une meilleure collaboration entre tous les acteurs concernés. Et à long terme, certes la réduction des accidents de la route et également de la corruption parcequ'on sait que c'est un secteur qui est très gangréné par la corruption puisque avec les pièces à rendre à la conduite on sait qu'il y a la corruption à tous les niveaux, lutter contre la criminalité, les trafics aussi qui gangrènent ce secteur.

Même l'immigration clandestine qui est aussi un facteur puisque l'utilisation de la route appartient aux acteurs et il faudrait bien que tous les acteurs puissent jouer leur rôle.  La sécurité routière est une coproduction entre les pouvoirs publics mais également entre les acteurs certes étatique même les acteurs privés et même les populations ont un rôle à jouer pour qu'ensemble on puisse relever le défi de l'insécurité routière pas seulement au Sénégal mais en Afrique en général.

 

Les populations ont  un rôle à jouer, vous le dites. Que faites-vous pour les sensibiliser ?  

 

Dans le secteur de la sécurité routière, la première décennie d'action qui vient de prendre fin a montré que les infrastructures et l'environnement impactent seulement à 10% donc le comportement humain impacte à près 90%. Certes, l'Etat est régalien de la sécurité des populations mais en tant qu'ONG, nous avons le rôle d'appui à la conduite de l'Etat . 

C'est d'ailleurs ce que nous avons tenté de faire à travers ce projet qui a mis l'accent sur le facteur humain avec des activités de sensibilisation, des activités de collection, une approche collaborative a été prônée à travers des thèmes, en plus des sessions de dialogue et des workshop, des débats et des causeries, mais également des forums sur la sécurité routière avec des acteurs étatiques, nous avons organisé des CDD et des CRD qui ont regroupé l'ensemble des acteurs sous l'autorité des préfets et ou des gouvernants avec la participation des mairies et de tous les services d'Etat.  Les représentants de syndicats, de transporteurs, nous pensons que nous n'avons occulté aucun acteur.

Qu'en est-il du cadre juridique en matière de sécurité routière au Sénégal ?

En matière de sécurité routière, il y a un cadre juridique mais comme je l'ai dit tantôt, cette première décennie d'action a permis de mettre l'accent sur les faiblesses; parce que vous savez qu'on a toujours des faiblesses et pour cette deuxième décennie d'action, l'Etat va réviser le code de la route.  Il s'agit du cadre légal, du cadre juridique, je vais laisser le ministère en charge de l'infrastructure et de la sécurité routière de répondre à cette question, mais ils vont réviser le code de la route donc toutes ses insuffisances seront prises en compte d'où l'intérêt de cette atelier qui va appeler la conscience de ses parlementaires mais également de ces honorables représentants du conseil économique social et environnemental (CESE) et également les acteurs de terrain, les forces de défense et de sécurité, police, gendarmerie qui sont sur le terrain et qui pourront également partager ce qu'ils voient sur le terrain, pour une meilleure prise en compte de l'amélioration de ce cadre légal et juridique au Sénégal en tenant compte bien sûr de l'UEMOA et de la CEDEAO.

Rubrique: