Ndayane, un lieu, une histoire, mille facettes…

Et si Ndayane m'était conté à travers une histoire populaire de Coumba am Ndèye nommée Binta dans les contes d'Amadou Koumba de Birago Diop. Le conte retrace la vie d'une jeune fille et de sa marâtre. Le conte, qui regarde le passé, avise le présent et prépare le futur d'un lieu hautement symbolique où sera érigé le nouveau port du Sénégal, tableau d'une histoire poignante.

Coumba Am ndaye, nommée Binta, est une jeune fille maltraitée par sa marâtre, coépouse atypique de sa défunte mère. Un jour, après avoir cassé une petite cuillère en bois, elle reçut l’injonction d’aller nettoyer la cuillère à la mer de Ndayane. Commence alors le périple d’une fille que l’on n’espérait pas revenir de ce lieu si dangereux. A la fin, elle fut sauvée par sa politesse et sa serviabilité à l’encontre des choses extraordinaires qu’elle a vues. De la mer de Ndayane, elle est revenue avec une fortune incalculable. A l’opposé de sa demi- sœur, l’autre Coumba, jalouse, a pris le chemin de la mer de Ndayane pour faire fortune. Seulement, elle s’est retrouvée morte à cause de son manque d’obéissance.

Ndayane, décrit comme le refuge des animaux sauvages, renferme aussi d’autres histoires, d’autres légendes, comme celle de Kondafé enfouie dans le palais présidentiel de Popenguine. Pour préserver de l’oubli ce vestige de l’histoire de cette commune, Kondafé est choisi pour être le nom d’une radio communautaire kondafe fm. Kondafé est une expression lébou pour indiquer le lieu où se déroulaient les séances de divination. Le mot est déformé par la suite par les colonisateurs pour donner contre les faits afin de montrer leur désapprobation par rapport à ce qui s’y faisait selon le chargé des programmes de la radio kondafe.

Un lieu de culte qui permettait de faire des prédictions par rapport à un malheur comme une épidémie à l’image du coronavirus. Un lieu devenu mythique avec l’arrivée du président poète Senghor, sérère enraciné et fier de ses origines, qui a intégré la place dans le palais de Popenguine.

La commune de Ndayane-Popenguine, c’est aussi le symbole de la fraternité et du dialogue islamo-chrétien. Sous l’influence de ces religions monothéistes, elle perd de plus en plus certaines pratiques ancestrales remplacées par d’autres. La commune accueille chaque année le pèlerinage marial de Popenguine. Lieu où la vierge Marie noire fut bénie par le Pape. Et chaque année, des milliers de fidèles migrent vers ce lieu sacré de la religion chrétienne au Sénégal. L’islam et le christianisme ont contribué à rendre plus solides et cordiales les relations des habitants de la localité. La commune de Ndayane-Popenguine abrite une multitude d’éthnies comme les communautés lébous, sérères et mandingues qui se côtoient dans la cohésion sociale et partagent les mêmes valeurs.

Ndayane ce n’est pas l’histoire d’un récit fictif d’Amadou Coumba mais plutôt celle d’un village qui existe bien avant cette légende. Une localité qui abritera le prochain port du Sénégal. Un projet qui fera de la mer de Ndayane le prochain hub mondial. Ndayane sera une fois de plus ancrée dans l’histoire du Sénégal. Histoire qui se conjugue à l’ère du développement et de la modernité. Une sorte de conte moderne, Ndayane continue à écrire son histoire. Il était une fois à Ndayane, il en sera toujours ainsi un lieu entre le passé et le futur qui garde jalousement sa légende.

Ndayane, c’est le nom d’une mer qui se jette sur une plage d’une commune comme le fait le conte dans la mémoire.