Momar Ndao, président de l'Ascosen : « Les prix ne vont pas baisser si… »

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Selon de nombreux citoyens, la flambée des prix des denrées de première nécessité, ces derniers jours, rend difficile leur quotidien. Mais d'après Momar Ndao, président de l’Association des consommateurs du Sénégal, un renforcement de la surveillance doit s'opérer dans les boutiques et chez les détaillants pour faire respecter les prix déjà homologués. Dans cet entretien accordé à CESTI INFO, le patron de l’ASCOSEN revient sur la visite du président Macky Sall en Russie, la préparation de la fête de la Tabaski, entre autres points de l’actualité économique.

Qu’est-ce qui explique la flambée des prix des denrées de consommation sur le marché ?

Il y a des causes exogènes et des causes endogènes. Les causes exogènes, c’est la situation internationale post-Covid, ayant entrainé une augmentation du fret, qui passe du simple au double. Ce qui a impacté tous les produits qui sont transportés. Le dollar aussi s’est renchéri. De même que le pétrole et les cours de certaines matières premières comme le blé avec lequel on fait la farine et le pain. Ce blé-là a vu depuis quelques temps son prix dépasser les 340£. Alors que le prix de la farine était calculé sur un prix du blé à 300£ la tonne.

Malheureusement, au mois de mars il y a eu la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Automatiquement, les ports étaient devenus bloqués. Or, c’est dans cette partie où l’on prend à peu près le tiers de nos besoins en céréales. Du fait de cette crise, l’Indonésie avait décidé de ne plus exporter de l’huile, en destinant cette huile à sa consommation intérieure pour assurer sa sécurité alimentaire. Ce qui a fait que l’huile de palme devenait plus cher du fait de sa rareté. Maintenant ce qui s’est passé, c’est que depuis qu’il y a eu quelques augmentations, il y a ce phénomène que j’appelle le brouhaha de hausse. Ça veut dire que dès qu’il y a deux, trois hausses sur le plan international, les commerçants locaux en profitent aussi pour augmenter de manière déraisonnée.

Il y a récemment la hausse du prix du supercarburant qui passe de 775 à 890 FCFA le litre. Une augmentation de trop selon certains. Comment analysez-vous cette mesure ?

Nous, nous sommes contre toutes les hausses quelque puisse être les explications. Mais dès fois il faut comprendre que le prix du carburant normal serait de plus de 1100 Fr. Donc si on l’a maintenu à 890 Fr, cela veut dire qu’il y a une part qui est prise en charge par l’État. C’est une hausse destinée d’abord aux gens qui ont les moyens, qui consomment du super. Mais ceux qui prennent le transport en commun dans lequel on met du gasoil, ne sentiront pas cette augmentation.

Lors de sa visite en Russie, le chef de l’État Macky Sall a demandé à son homologue Vladmir Poutine de faciliter aux Africains l’accès au blé et aux fertilisants. Ce qui constitue un échec de son plan de valorisation du « consommé local » selon certains. Êtes-vous du même avis ou non ?

L’échec, c’est que l’Afrique n’a pas réussi à être autosuffisante. Maintenant comme on n’est pas autosuffisant qu’est-ce que qu’on va faire ? On dit qu’on va serrer la ceinture, ne pas manger jusqu’à ce qu’on ait l’autosuffisance. Non ! Il faut trouver une formule. C’est la raison pour laquelle il faut dans un premier temps faire de sorte que les gens puissent manger pour qu’ils aient les moyens de produire. Si vous ne mangez pas, vous ne pouvez pas produire. L’exploitation que nous faisons de nos terres était vraiment marginale. Et c’est ce qui fait qu’on n’arrive pas à avoir l’autosuffisance. C’est ça l’échec de tous les pays africains. 

Pensez-vous que les prix vont diminuer avant la fête de la Tabaski ?

Non. Les prix ne vont pas diminuer si l’État ne fait pas son travail. Le ministère du Commerce doit descendre sur le terrain, homologuer les prix de première nécessité, sanctionner et demander aux consommateurs de dénoncer tous ceux qui proposent un prix plus élevé que le prix normal. Mais ce n’est pas toujours le cas. Vous voyez le prix de l’oignon est extrêmement élevé.  

Avec la fermeture des frontières, pensez-vous que le ravitaillement en mouton sera facile ?  

Le ravitaillement en mouton sera difficile du fait qu’i y a une baisse par rapport à l’offre, qui est en train d’être remplacée par une augmentation de la production locale et par l’arrivée de moutons de la Mauritanie. Mais nous, chaque année, on envoie une équipe en mission avec le ministre de l’Elevage pour voir quelle est l’évolution des choses. Ce que nous avons vu, c’est qu’il y a autant ou plus de moutons que l’année dernière à la même heure et à la même place. Ce qui rassure un peu. Maintenant, ça peut changer du jour au lendemain. Ce qu’il faut dire aussi c’est que ces dernières années, il y a eu beaucoup de productions locales. Mais à des coûts très élevés. Ce qui fait que les prix n’étaient pas accessibles.

Quelles solutions proposez-vous pour atténuer cette flambée des prix des denrées de consommation ?

L’une des premières solutions, c’est d’éviter ce qu’on appelle le brouhaha de hausse. C’est-à-dire la hausse généralisée, la flambée des prix. Parce que tout le monde profite de ces hausses pour augmenter les prix sans le mettre sur une base. Pour éviter cela, l’État doit élargir l’assiette des produits à administrer. Il faut élargir le nombre de surveillants. Aujourd’hui, le ministère du Commerce a moins de 300 agents pour contrôler alors que nous sommes 17 millions de Sénégalais.

Nous, nous avons proposé la mise en œuvre d’un corps de volontaires de la consommation qui vont aller sur le terrain pour verbaliser tous les commerçants véreux. Non seulement ça va créer des emplois, ils pourraient même être utilisés après formation pour veiller à ce que les prix du loyer soient respectés, etc. Ca va élargir leur champ d’application et faire de sorte qu’il y ait une police économique de proximité dissuasive pour tout détaillant récalcitrant.

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