Migration : Ismaïla Badji, l'itinéraire d'un miraculé du désert

Au retour d’un périple à travers les voies migratoires sahéliennes qui l’a conduit jusqu’aux plages libyennes de la méditerranée, il a trouvé la voie. Sans doute ne l’a-t-elle jamais perdue, mais celle-ci, désormais l’a amené à retrouver l’espoir dans le retour. L’expérience migratoire, Ismaïla Badji l’a vécue dans sa chair. Rentré en 2017 au Sénégal d’où il est parti en 2016, il porte désormais le message du retour, à travers des activités de sensibilisations initiées par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Entre retour et réintégration, l’expérience du voyage. Portrait.

« Quand je lui en ai parlé, il m’a défendu de franchir le pas. Malgré sa force de persuasion, avec vidéos et photos témoignant du désastre humain de la traversée du désert, j’ai tenu tête. J’en avais cure ! J’étais résolu à partir. Et pourtant, il avait raison». Sur un ton empreint de sérénité, d’où pointe cependant l’amertume des vieux remords sur les actions passées, voici décrite la résolution d’un homme.

Le regard profond, la mine joviale nonobstant le poids de ses mots, des mots pesés et soupesés, à chaque début de phrase. Cet homme, Ismaïla Badji, est un miraculé du désert, migrant de retour. Un qualificatif forgé par le soin du monde académique, par la suite devenu instrument de plaidoyer pour nombre d’organismes internationaux et transnationaux. Mais alors ce qualificatif, que dit-il exactement de l’existence de ce fils de la Casamance, né en 1990 à Ziguinchor ?

En effet, tout au moins, ce qualificatif raconte l’histoire d’un homme qui, pris dans les turpitudes de sa vie, a fait face à une « équation », fruit de déceptions de son odyssée.

Après ma réussite à l’examen du baccalauréat, je suis venu à Dakar en 2012. Je me suis inscrit au département de Lettres modernes de l’université Cheikh Anta Diop. Au bout de deux années, j’ai échoué. Et entretemps, j’ai eu l’occasion de me présenter à différents concours, entre autres, celui de l’Ena (Ecole nationale d’administration), de la police, etc. Mais toutes mes tentatives sont restées vaines », déclare Ismaïla Badji. 

Dès lors, je me suis trouvé au-devant d’une « équation », observe le jeune homme du haut de son 1,80m. A l’échec universitaire, suivaient les déboires aux concours d’entrée dans la fonction publique, indique M. Badji.

Ainsi, me voilà parti en 2016 à l’assaut des flots de la méditerranée, allant par gare bamakoise et dunes sahéliennes, souvent à 45 degrés à l’ombre. Se trouve enfouit dans ma mémoire, les souvenir de mes nuits glaciales dans le désert, et mes longues journées de marches qui m’ont conduit à Tripoli, point de chute de mon périple, par ailleurs point de départ pour mon retour le 1er juin 2017 », relève Ismaïla Badji, le sourire aux lèvres, exposant ses dents blanches, tranchant d’avec sa peau noirceur d’ébène.

Le retour, l’espoir retrouvé

« Que j’avais hâte de fouler à nouveau la terre du Sénégal », affirme Ismaïla Badji. Par les soins de l’Organisation internationale pour les migrations, le jeune homme originaire du département de Bignona a atterri le soir du 1er juin 2017 à l'aéroport Léopold Sédar Senghor. Commence alors la marche dans la voie de la réintégration. Passés les intenses émotions des retrouvailles familiales, « j’en suis venu à envisager ma réintégration socioprofessionnelle », souligne-t-il.

D’abord la famille ! La réintégration d’Ismaïla Badji est passée en premier par sa cellule familiale. « Ma famille a été d’une grande aide dans mon processus de réintégration. Mes parents n’ont fait montre d’aucun acte ou sentiment de rejet à mon égard », affirme le jeune homme. « Grâce à ma famille, je n’ai pas perdu pied », soupire-t-il.

Au niveau professionnel, le parcours de réintégration de M. Badji est passé par le cercle d’amis qu’il s’est construit au cours et à la fin de son projet migratoire. « Avec le concours de Doudou Ndiaye, migrant de retour de la Libye, habitant à Keur Massa, je me suis initié à l’aviculture », indique-t-il.

Par la suite, poursuit M. Badji, en octobre 2018, avec l’appui de la Direction générale d'appui aux Sénégalais de l’extérieure (DGASE), « j’ai bénéficié  d’une formation en aviculture au niveau du Centre national d’aviculture de Mbao ». « A la suite de cette formation, du financement nous avait été promis par la DGASE. Mais depuis lors, les choses sont restées en l’état », regrette-t-il.

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Après cet épisode, rapporte Ismaïla Badji, « j’ai été contacté par l’OIM qui m’a fait part de sa volonté d’appuyer la réintégration des migrant dont elle à assurer le retour ». Ainsi, poursuit-il « j’ai reçu un financement à hauteur de 500 mille francs en matériel avicole en 2018 ». Parti de cela, M. Badji a démarré son exploitation avicole à Keur Massar avec pas moins de 250 poussins et tout le matériel nécessaire. Désormais, conclut-il, «je suis porteur d’un message : celui du retour. Car par lui, j’ai trouvé ma voie ! ».

 

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