L'insalubrité au menu des gargotes

Les tanganas, les fast-food et les gargotes pointés du doigt pour défaut d'hygiène. Image d'illustration

Les restaurants, les gargotes et les « tanganas » sont des lieux très prisés par les Sénégalais. Ces lieux de restauration ne respectent pas souvent toutes les conditions d’hygiène malgré la forte affluence.

15h à l’avenue cheikh Anta Diop, la poussière et la fumée des pots d’échappement des véhicules envahissent l’atmosphère du site. Pourtant à quelques mètres de ce brouhaha, s’étalent presque une dizaine de gargotes.

Quand on se rapproche, on ne sent toujours pas l’odeur des plats servis dans ces endroits de fortunes. Quelques pas de plus, nous sommes chez Ya Awa Laye. « Bismillah, ceep des na ! (Du riz, il en reste) ».

Elle tient sa gargote depuis plus d’un an. Entourée de rideaux bleu-blanc, des bancs et une table occupent la surface. Un sol noirci par les nombreux pas qui s’y passent tous les jours, on ne peut même pas identifier le sable d’origine. Des tasses de café jetées partout, des sachets d’eau déjà utilisés à terre, la remarquable saleté qui s’étale sur la table à manger semble ne déranger personne.

Les clients sont à l'aise

Laye, habitué des lieux, n'est jullement perturbé par ce décor peu enviable : « pour moi, ces saletés ne dérangent personne. Je prends ici mon déjeuner chaque jour, ce n’est pas un souci ».

Pourtant la gérante, Ya Awa, dit prendre entièrement soin à sa gargote. « J’utilise de l’eau, de la javel, et même du savon pour nettoyer chaque instant. Les clients aiment la propreté. C’est pourquoi, je ne lésine pas sur les moyens pour ranger et balayer », déclare-t-elle devant des ordures et des tâches d’huiles sur « sa » table.

A quelques pas d’elle, Astou possède sa gargote, placée entre plusieurs d’entre elles. Au début, elle nous accueille pourtant à bras ouverts dans sa cabane.

Une table-à-manger usée et noircie par les marques des plats servis et des déchets tapent à l’œil dès l’entrée. «Quotidiennement, je fais vraiment un bon chiffre d’affaire. Je rends grâce à Dieu, les clients ne se plaignent pas », rassure Astou, à l’aise. Jusqu’à que la question de la propreté du lieu dérange. « Moi-même, je ne parle pas aux médias, ah…ah cherche ailleurs, c’est mieux », lance-t-elle, frustrée. 

Abdoulaye Sambou, lui, tient son fast-food. Devant l’affiche de son local en peinture jaune, se garent des car-rapides et des taxis. Avec la fumée qui se dégage sur un quasi humide espace, le jeune manipule le sandwich.

Sans gant, ni chaussette ou masque de protection, il expose ses œufs sous le soleil. Sambou rejette la responsabilité aux clients : « ce sont eux qui salissent la place. Je nettoie souvent mais avec leur inconscience, la propreté est difficile à entretenir ».

Jamais d'intoxication

Sans poubelle dans les lieux, Abdoulaye refuse tout de même que la responsabilité lui soit imputée. Le constat est de même à Fass, un quartier populeux de Dakar. Dans son « tangana » qu’il tient depuis plus de cinq ans, Ameth, d’origine malienne, sert davantage les plats à ses clients.

Presque 23h, la clientèle augmente. Du spaghetti, des omelettes…l’odeur des cuissons aiguise l’appétit. Appétissantes, mais l’insalubrité saute à l’œil, devant des morceaux de verre et zinc indescriptibles. Persuadé, il répond : « pourtant, je fais tout ce que je peux pour l’entretien et la propreté. Mes clients sont toujours satisfaits ».

Il ajoute : « en tout cas, pendant plus de cinq ans on ne m’a jamais signalé de cas d’intoxication alimentaire ou de diarrhée. Tout est normal.» La table-à-manger, couverte d’un tapis cuir, atteste la longévité des services. Noircie, la marmite dégage une fumée qui occupe l’atmosphère du local peu aéré et peu spacieux. Des jeunes sortent pour manger leurs plats en plein-air.

Sur ce manque d’hygiène, la quarantaine réplique : « C’est juste la fumée qui noircit les murs. Je suis dans mon « tangana » depuis des années, je connais ce que je fais ». « J’ai d’autres choses à faire, je dois servir », se détourne-t-il de nos questions. 

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