L'habit ne fait pas le moine

Les images du président guinéen déchu qui circulent sur les réseaux sociaux montrent un homme cerné,  pieds nus, la mine défaite,  le regard hagard et la chemise froissée.  Une chemise colorée qui rappelle celle que portait l’ancien Président ivoirien  Laurent Gbagbo lors de son arrestation par  les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). Une fin de règne  peu glorieuse qui souligne en filigrane le difficile mais brillant parcours de Pathé’O surnommé le « styliste des chefs d’Etat »

Alpha Condé, Laurent Gbagbo : deux présidents déchus, envahis et cueillis par des hommes en treillis. Des images cocasses et pesantes mais prises avec légèreté par certains internautes qui se concentrent sur la mise des désormais anciens puissants chefs d’Etat. « La chemise de fin de gloire », « sponsor officiel de président déchus », « la chemise de la poisse » sont, entre autres, les commentaires que l’on peut lire sur Twitter et Facebook. Certains proposent même d’en acheter à Paul Biya et Macky Sall pour chasser le spectre des mandats multiples.

Derrière la ligne de vêtement ainsi  gentiment moquée se cache la maison Pathé ’O de Ainé Pathé Ouédraogo. Un pionnier du « made in africa » et une source d’inspiration pour la nouvelle génération de stylistes. Ce fils d’agriculture qui habille aujourd’hui les personnalités d’Afriques et d’ailleurs débarque, à 19 ans,  en Côte d’ivoire en 1969.

Il passe par les plantations, accepte de petits boulots pour survivre avant de se consacrer à la couture. Humble et travailleur acharné, Pathé’O loue ses services, se  paye des formations pendant son temps libre et de fil en aiguille,  finit par se broder en lettres d’or une renommée dans l’univers de la mode.

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Pathé’O a aussi habillé Nelson Mandela, l’une des figures emblématiques à jamais gravées au panthéon de la démocratie africaine. A coups de ciseaux et de créativité, il a su promouvoir la culture africaine. A force de dédis et de constitutions taillées sur mesures des dirigeants se sont imposés à leur peuple et déchiré le tissu social. Quand les deux profils se croisent, plus que le hasard,  c’est l’ironie qui lève le voile entre les valeurs qui s’incarnent, se vivent et celles qui se clament.