Les bonnes affaires des vendeurs de médicaments traditionnels

Un vendeur de médicament

Le commerce de médicaments traditionnels dans la capitale sénégalaise connait un essor, les vendeurs se frottent bien les mains. Malgré les restrictions imposées sur leur vente, ils représentent un mode de recours aux soins largement pratiqué par les populations.

Au quartier Taïba 4 de Grand-Yoff, Bara Sène 60 ans, vendeur de médicaments depuis une vingtaine d’années, discute avec des clients ayant pris d’assaut son lieu de vente. Dans son kiosque perdu de vue par les baraques de restaurants, des petits fagots de tiges hachés, des écorces dans des sachets et des feuilles de toutes sortes d’arbres sont minutieusement rangés sur des étagères, à côté des bouteilles d’un litre et demie contenant des tisanes rougeâtres.

‘’J’ai duré dans cette activité et je maitrise parfaitement ce que je fais, je l’ai hérité de mon père, il fut un guérisseur traditionnel et je l’accompagnais en brousse pour chercher du médicament, c’est de là où j’ai acquis ces connaissances’’, explique-t-il. Pour trouver sa marchandise, Bara n’hésite pas à aller jusqu’en profondeur du pays. Selon lui, certaines espèces sont très rares. ‘’Je voyage jusqu’en Casamance pour trouver du médicament. Là-bas, je fais deux mois avant de revenir ici à Dakar. Dieu merci, je m’en sors bien’’.

"Nous traitons tout"

La vente de médicament traditionnel ne cesse de se développer à Dakar. Au-delà du problème de santé publique qu’elle constitue, elle représente un mode de recours aux soins largement pratiqué par les populations. ‘’Cette pratique est bien connue des populations rurales car elle est d’abord culturelle et l’accès aux soins modernes n’existait pas. Le contraire maintenant, les citadins se l’approprient’’

Pour le sexagénaire habillé d’un cafetan à la couleur de zèbre, les médicaments qu’il vend ne présente aucun danger, car dit-il, ‘’les résultats sont positifs et les patients qui viennent ici ne se plaignent pas’’. Ces médicaments permettent de répondre aux différents symptômes ressentis par la population selon M. Sène. ‘’Nous traitons tout : fièvre, maux de têtes, douleur articulaire et infections diverses, les problèmes digestifs, fatigue, malaise général, c’est pour cela que nous sommes très sollicités’’.

Pour la posologie, Bara Sène  explique qu’elle diffère selon le médicament ou les tisanes prescrites à l’acheteur. ‘’Pour les solutions buvables nous recommandons le verre de thé et la fréquence en fonction du degré de la maladie et pour les écorces, tiges et feuilles nous expliquons comment préparer les solutions’’

A Dakar, les malades telles que les hémorroïdes, le ‘’ndoxum siti’’ et autres comme le diabète l’ulcère ont bon dos. Dans ces boutiques de médicaments les maladies à traiter sont affichées à l’intérieur. A la place de Bara Sène, les clients viennent pour la plupart les après-midis, certains préfèrent la nuit pour se procurer du médicament et des conseils d’usage.

Pas de publicité

‘’Je ne fais pas de publicité pour mes médicaments, les clients ont simplement eu confiance en moi. D’ailleurs je ne fais pas de consultation. Quand le client arrive, il me demande le médicament dont il a besson. Je suis au courant que des guérisseurs traditionnels passent tous les jours à télé ou à la radio pour vendre leur produit’’, se défend-il.

Ici, le prix varie selon le traitement. Awa une dame d’une trentaine d’année vent de remettre un billet de deux milles francs pour un pour une bouteille de tisanes ‘’je préfère acheter ici car c’est très efficace contre le ‘’ndoxum siti’’. En quelques jour on peut s’en débarrasser’’ soutient-elle.

Abordé  de manière officielle par l’OMS en 1985 la question du marché de médicament ‘’clandestin’’ ou illicite continue de diviser les acteurs. La vente ne cesse d’augmenter dans les pays comme le Sénégal où leur bas prix favorise leur essor. Les médicaments traditionnels sont mis en cause pour des raisons sanitaires ou de contrefaçon, et de mauvaises conditions de conservations et de conseils de traitement non conforme que fournissent les vendeurs.

‘’C’est très risqué de prendre des médicaments de ce genre sans pour autant avoir consulté un spécialiste ou un médecin. Depuis des années, nous luttons et sensibilisons les populations sur les dangers de l’automédication. Ces médicaments peuvent avoir des effets secondaires très néfastes sur une personne’’ renseigne ce gérant d’une pharmacie de la place à Grand Yoff.

Au Sénégal, la médecine traditionnelle n’est pas règlementée, les médicaments traditionnels sont vendus un peu partout dans les rues de la capitale. Si certains ont leurs boutiques d’autres par contre installent leurs produits à l’air libre.

Un soigne-tout ?

A la Medina,  sur le trottoir qui longe le mur du stade Iba Mar Diop, l’odeur fétide des carapaces d’oiseaux de toute espèce, des peaux et des membres de mammifères  sauvages étalés partout inhibe l’odorat. On y retrouve des tradi-praticiens de différentes nationalités de la sous-région en train de marchander avec des clients. De la poudre à base de feuilles sèches dans des sacs de 50 kg et de pettes enveloppes contenant du médicament.

On peut lire le nom des différents traitements avec des images illustratives des personnes souffrant de maux de tête, de douleurs articulaires et de dysfonctionnement érectile. Amidou, un Nigérien est arrivé au Sénégal depuis 8 ans. Elancé et de teint clair, avec son boubou blanc, le foulard enroulé autour du coup s’occupe de la confection de ses enveloppes.

‘’Je vends plusieurs médicaments, des gens viennent et me demandent divers services.  Il y a des médicaments contre l’impuissance sexuelle, contre le tabagisme, des solutions pour la chance (sourire). Ce qui est sûr, j’ai duré dans la vente de médicament. C’est une connaissance familiale et ancestrale que je perpétue. Les professionnels disent que c’est dangereux mais nos ancêtres s’en servaient depuis des siècles et je n’ai aucun regret pour cela’’.

Pour Amidou, ce sont les firmes pharmaceutiques qui combattent cette pratique traditionnelle qui est propre à l’Afrique.

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