Les acteurs de l'eau dans le monde rural se prononcent

Yely Coulibaly, secrétaire général du Syndicat des travailleurs de l’hydraulique rurale

 

«Cette réforme est un échec total»

«Depuis l’avènement de l’Ofor, les forages sont entre les mains d’aventuriers qui ne savent rien de l’hydraulique. Au début, les Asufors étaient bien organisées. Il y avait leur caisse et ils faisaient beaucoup de social en construisant des salles de classe, des maternités et aidaient les étudiants de la localité. Cette réforme est un échec total. L’Ofor a échoué. Les villageois sont en train de souffrir. Nous demandons l’audit de l’Ofor. Depuis la création de l’Ofor en 2014, les agents de l’hydraulique sont en train de souffrir. Ils n’ont plus d’indemnités de logement, de déplacement, d’habillement et de pharmacie. Il y a les agents de l’hydraulique, les conducteurs de forage, les personnels de soutien appelés bénévoles et les retraités qui sont en train de souffrir. Les agents n’ont plus d’Ipm. 2012 à 2021, les cotisations à l’Ipres et à la Caisse de sécurité sociale ne sont pas versées alors qu’on nous tire 6000 francs Cfa par mois.»

Ndiamé Diop, directeur de l’exploitation à Ofor

«Prématuré de parler d’échec de la réforme»

«Je crois que c’est prématuré de parler d’échec parce que ça vient de démarrer. Il y a toujours des réglages à faire, des points faibles et des points forts. Les dernières études montraient que seules 20 à 25% des Asufors fonctionnaient normalement conformément aux textes qui les régissent. Sur plus de 2200 forages, l’Etat continuait à réparer et à renouveler des équipements en cas de panne alors que les Asufors encaissaient les recettes. Pour les Asufors, c’est 2 ou 3 personnes qui géraient dans une opacité totale. Leurs arguments étaient qu’elles construisaient des écoles, aidaient des étudiants, entre autres activités à but social. Je suis désolé mais c’est un détournement d’objectif. Ces Asufors prétendent construire des écoles alors que quand il y a des pannes de forage, elles se tournent vers l’Etat. L’argent de l’eau doit rester à l’eau. Il y aussi des enjeux politiques, religieux et on est appelé à gérer tout ça. Pour les problèmes techniques, c’est la conséquence des actions des Asufors qui ne respectaient pas les normes. L’autorité de l’Etat doit être restaurée.  Si seulement 20% de la population paient l’eau, comment l’opérateur peut payer ses factures d’électricité ? Ce sont ces populations qui ont mis en difficulté Aquatech.»

Fallou Ndao, directeur général de Seoh

 

«Depuis 2018, on a un problème de réseau»

«Quand nous avons démarré en 2015, jusqu’en 2017, il y avait trop de soucis parce que la production permettait de gérer. Depuis 2018, on a un problème de réseau. Et plus précisément dans la zone de Ndangane qui se trouve en bout de réseau. Cette situation est due au fait qu’à partir de 2017, il y a eu le projet des iles du Saloum qui n’avait pas prévu la phase en amont c’est-à-dire quand on fait du projet qui consomme énormément d’eau, il faut renforcer la production. Ce manque de renforcement de la production alors que la forte demande que dans les localités de Bassoul, Djirnda et Dionewar, l’eau est aspirée par cette grosse conduite qui fait que nous avons des épisodes de manque d’eau particulièrement à Ndangane et Yayème. A partir du mois de mai, la situation est redevenue à la normale jusqu’en 2019. La pénurie a recommencé de janvier à avril. L’Etat a mis en place un projet appelé Peamir avec un financement de la Banque mondiale parce que faire un forage coute très cher. Les travaux doivent se réaliser en 18 mois. Aujourd’hui, si la question n’est pas résolue à 100%, une bonne partie de Yayème est alimentée en eau. Avant le mois d’octobre 2021, on espère que les travaux seront terminés. Et la situation va beaucoup s’améliorer.»

Pape Baye Diop, directeur de la communication, de l’information et des relations extérieurs Aquatech

 

«Des mafias ont pris en otages des forages»

«Il y a des intérêts sociaux et financiers qui font que des mafias ont pris en otages des forages. Ces politiciens sont aussi instrumentalisés par les maraichers qui veulent cultiver sans payer. Ils avaient acquis ces avantages du temps des Asufors parce qu’ils n’avaient même pas de compteurs. Aquatech a dit non. Quand on signait le contrat avec l’Etat du Sénégal, il est inscrit que les forages devaient être remis à neuf. Il y a des forages qui ont 30, 40 ans. Mais l’Etat ne l’a pas fait mais il n’a pas que ça à faire. Il y a l’électricité, l’école, la santé avec le Covid-19… Aujourd’hui, la réhabilitation a commencé. Quand nous avons commencé en 2018, nous avons trouvé un réseau dans un état catastrophique. Nous avons des arriérés de paiement parce que les gens ne paient pas. Depuis 2018, nous avons investi 1,2 milliard en pompe, en véhicule, en salaire etc… Nous avons des dettes à la Senelec dans les localités qui ne paient pas. Dans les villages où les gens paient, Aquatech ne doit rien à la Senelec. Aquatech a porté plainte devant la gendarmerie de Thiès contre ce collectif Aquatech Dégage et partout où des mafias se sont installées. D’abord, ils utilisent le nom Aquatech alors que ce collectif n’a aucune légalité mais fait des factures et récupère de l’argent. Mais on n’est pas l’a pour faire la police. Il y a dans ce pays un sous-préfet, un préfet, un gouverneur, la police et la gendarmerie. L’Etat n’a qu’à prendre ses responsabilités pour rétablir l’ordre.»

Propos recueillis par Babacar Guèye DIOP

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