Lendeng : Une zone agro-écologique menacée par la bétonisation

La zone maraîchère de Lendeng, pourvoyeuse de produits horticoles, approvisionne la région de Dakar et l’intérieur du pays. Malgré le fort potentiel alimentaire, ce périmètre de 57 hectares vit des lendemains incertains. Outre l'urbanisation qui avance à grands pas, il y a aussi la non disponibilité en eau en abondance.


Bien avant les indépendances, Lendeng était déjà une zone agroécologie nichée dans les externalités de la commune de Rufisque Est. Coincée entre l’autoroute à péage et la cimenterie Sococim, cette zone maraîchère par excellence accueille plus de 145 producteurs. Aujourd’hui, ces champs qui faisaient jadis la fierté des amoureux de la nature et des militants de l’agroécologie sont pris d’assaut par les spéculateurs fonciers. Une situation embarrassante qui indispose les producteurs maraîchers.

« Comme partout au Sénégal, les élus locaux privilégient le foncier au détriment de l’agriculture et de l’agroécologie. Il n’y a pas véritablement de  politique agricole dans la zone. Ils (les maires) sont obnubilés par la bétonisation du périmètre plutôt que de penser aux impacts négatifs sur l’horticulture », réprouve Kalidou Dia, vice-président du Gie des maraîchers de Lendeng. « Depuis des années , nous faisons face à la boulimie du foncier de la part de prédateurs qui nous assaillent à outrance dans la zone. En plus, la partie nord Est du site, qui s’étend sur une superficie de 23 hectares, est occupée par la cimenterie », reprend à nouveau M. Dia. Pour le membre du groupement, il est temps que Lendeng dispose d’un statut sur le foncier comme préconisé par les acteurs dans leurs différentes plaidoiries.

Un décret sans effet 

« Nous souhaitons que Lendeng soit exclusivement dédié à l’horticulture et au maraichage », plaide à nouveau notre interlocuteur. « Le président de la République Macky Sall a signé un décret pour faire de Lendeng une zone dédiée spécifiquement à l’agroécologie. Des instructions ont été données au préfet de Rufisque. Mais jusqu’à présent nous subissons les assauts répétés des spéculateurs fonciers qui continuent de construire au cœur de nos champs », s’offusque encore Kalidou Dia qui s’inquiète de l’entêtement des promoteurs immobiliers.  

Trouvé sous un arbre du périmètre familial du vieux Salif Sow, Kalidou est ses amis du quartier Colobane Gouye Mouride devisent sur les multiples avantages de la zone. Des caractéristiques qui confèrent à la zone le statut de zone agroécologique de référence.  De nombreuses spéculations sont cultivées dans les périmètres. Des productions qui varient de la salade laitue spécialité « unique » de Lendeng, à la carotte, au poivron, l'oignon à la betterave en passant par le chou. Bref tous les légumes y sont cultivés et disponibles en qualité et en quantité, s’empresse de clarifier le sieur Dia.  

« Nous avons les meilleurs légumes du Sénégal, se glorifie le vieux Salif Sow. Le produit Made in Lendeng est très prisé à cause de la qualité du sous-sol qui dispose de tous les éléments nutritifs comme le calcium, le magnésium », témoigne le vieux Salif Sow qui dit avoir passé 40 ans de sa vie dans les périmètres de Lendeng. En plus de disposer de terres propices à la culture maraîchère, Lendeng à une forte intensité agricole. Pour plus de 145 producteurs qui emploient trois employés, la zone accueille plus d’une centaine de journaliers.

Des élèves s’activent dans les champs en période de vacance mais aussi des femmes qui viennent de l’intérieur du pays et même de la Guinée Bissau. Il y a la forte présence des Bana Bana (commerçants chargés généralement de l’écoulement des produits sur les marchés du pays) qui viennentt s’approvisionner en produits horticoles. Ainsi, Lendeng approvisionne les marchés de Thiaroye, Castors, Keur Massar, Kermel, Grand Yoff à Dakar et les marchés de l’intérieur du pays comme celui de Touba et Diaobé.

La non disponibilité en eau révulsent les maraîchers

Hormis le foncier, la disponibilité en eau est aussi décriée par les producteurs. Pour une superficie de 57 hectares, la zone ne dispose que de trois (03) compteurs pour approvisionner tous les périmètres horticoles. Une situation qui n’est pas sans conséquence sur la production. « Nous voulons l’application du système de quota avec des compteurs individuels. C’est ce qui était convenu », explique notre guide qui, chemin faisant, liste les conséquences de ces désagréments : « Si Dakar, la capitale a besoin d’eau, les producteurs se voient assoiffés de cette denrée indispensable pour une bonne production. Si l’eau se fait désirer alors qu’un producteur a déjà effectué des semis qu’il doit repiquer il se peut que les plants meurent sous le coup de la non disponibilité de l’eau », note entre autres griefs le producteur qui plaide pour une indépendance en eau.

Entre autres solutions, les producteurs réunis au sein du groupement des maraîchers préconisent la labellisation du produit Lendeng. Ils réclament pour ce faire, l’implantation d’un marché au cœur de Lendeng et l’installation d’une chambre froide. Dans leurs interventions, il est beaucoup question de la mise à disposition d’une unité de pisciculture et de l’érection d’un cantonnement touristique pour le rayonnement de la zone horticole poumons écologique de Rufisque.

Arfang Saloum SANE      

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