A la Medina, les chaussures « Made in Sénégal » en vogue

Des chaussures " made in Sénégal"

Bon nombre de Sénégalais ignore la qualité de l'artisanat local. A la Medina de Dakar, des chaussures « made in Sénégal » sont fabriquées et vendues en gros par des cordonniers.  Malgré la libre concurrence des articles venant de l’extérieur, bien des Sénégalais préfèrent toujours le consommer local.

 

  Klaxons, vrombissement des voitures et motos, brouhaha, circulation dense entre autres scènes du quotidien. Nous sommes à la rue Blaise Diagne de Dakar près du marché Tilène de la Medina. Il est 17h30mn. Le marché bat toujours son plein. Derrière le stade Iba Mar Diop de Dakar, des cantines de cordonniers sont alignées tout au long du stade jusqu’à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) près de la Radiodiffusion Télévision du Sénégal (RTS) où l’on fabrique et vend des chaussures « made in Sénégal ».

Une production locale bien aimée par certains Sénégalais. Trouvé sur place, au marché Tilène à la rue 11 X Blaise Diagne à la Medina en train de confectionner des chaussures, Moussa Yade est un cordonnier, originaire de la région de Diourbel et qui vit à Dakar depuis des années pour gagner sa vie.

Il accroche des chaussures pour femmes avec ou sans talons sur les étagères à l’intérieur de sa cantine avec différentes couleurs et modèles. Vêtu d’un débardeur noir et avec un bonnet bleu sur la tête, ce quinquagénaire évoque le problème que rencontrent les cordonniers pour la vente des articles.

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Pour lui, ce n’est pas une activité très rentable, car il peut rester 4 voire 5 mois sans rien écouler.

 La qualité des chaussures n’est pas la même que celles venant de l’extérieur. Nous travaillons avec la main tandis que la production étrangère est faite à base de machine. Mais si nous avions les moyens nécessaires, on ferait un travail de très bonne qualité. C’est pourquoi l’Etat doit nous accompagner en nous donnant les moyens ou en nous finançant pour mieux valoriser le secteur de cordonnerie », déplore-t-il.

Avant de poursuivre : « l’écoulement n’est pas du tout facile mais nous rendons grâce à Dieu car les gens viennent partout dans la sous-région pour acheter nos chaussures ».

En pleine activité, une cliente du nom d’Oumou Cissé accompagnée de son fils, originaire du Mali, demande : « Où se vendent les bottes que portent les mourides ? ». Ce à quoi répond un des apprentis de Moussa Yade : « prolonge un peu à côté, peut-être que tu en trouveras là- bas ».

« Des Sénégalais préfèrent la production locale » 

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 Toujours dans cette même ruelle, l’ambiance est au top avec des va-et-vient incessants. Des expositions de tous genres d’articles devant les magasins font le bonheur des clients. A quelques mètres de Moussa, se trouve Ngagne Thiam, cordonnier à la rue 9 X Blaise Diagne à la Medina et originaire, lui aussi, de la région de Diourbel.

Dans sa cantine, le travail se fait à la chaine. Les uns découpent les talons des chaussures, d’autres procèdent au collage et à la fabrication pour en faire un produit fini. Bonnet sur la tête, lunette bien ajustée, il porte son masque pour se protéger contre l’odeur de la colle.

Il expose les chaussures déjà fabriquées dans sa cantine pour attirer les clients.

 Je travaille comme cordonnier dans ce marché depuis des années. C’est un métier comme tous les autres, il suffit de l’apprendre et de le faire correctement. Concernant la qualité des chaussures, elle ne peut pas être égale à celle des chaussures qui viennent de l’extérieur et qui sont confectionnées avec des machines. Tout dépend du choix de la personne mais la plupart des Sénégalais préfèrent la production locale », confie le quadragénaire.

Il ajoute : « Les articles s’écoulent parfois assez rapidement parfois moins rapidement. Mais nous travaillons sur différents modèles, pour homme ou pour femme. Et nous avons des clients venant d’horizons divers comme le Mali, le Niger, le Congo, le Burkina Faso… La cherté des chaussures dépend toujours des modèles mais on vend en gros la paire à 1000 francs ».

   A la rue 11 X 18, un autre cordonnier Lamine Pene, trouvé dans son atelier en train de découper soigneusement les talons des chaussures avec un ciseau, écoute en même temps sa musique préférée. Agé de 26 ans, de taille moyenne et vêtu d’un tee-shirt blanc et d’un pantalon noir, ce jeune Kaolackois est passionné par ce métier.

« Nous dépensons notre argent pour acheter et confectionner des articles. Il y a toujours une différence de qualité entre les chaussures importées et la production locale », martèle-t-il. « Certains clients sont emportés par le « buzz » venant de l’extérieur tandis que d’autres préfèrent acheter nos produits parce que c’est moins cher et plus accessible ».

« La vente des chaussures se fait soit sur place soit dans les marchés mais le prix de la paire de chaussure va de 1500 à 8000 francs en fonction du modèle », lance ce jeune cordonnier.  

« Certains vendeurs font de l’arnaque »

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  En face de lui, se trouve un grand magasin où se vendent des chaussures « made in Sénégal », des lanières, et des cuirs importés. Son gérant Yatma Seck est cordonnier et commerçant au marché de Tilène.

Du haut de son 1m95, il est vêtu d’un tee-shirt noir, d’un pantalon jean et porte des chaussures de marque « Sebago ». Pour lui, il faut d’abord apprendre un métier avant de le pratiquer.

La plupart des chaussures importées ne sont pas en cuir. Souvent même, certains vendeurs font de l’arnaque sur ces articles. Alors que les chaussures fabriquées au Sénégal sont de meilleure qualité. Maintenant, les clients commencent à comprendre la valeur des chaussures locales. Des fois, on falsifie les tampons des chaussures importées mélangées avec les locales et les acheteurs ne parviennent pas à les identifier. Le prix des chaussures est de 5000 francs en gros mais le revendeur peut fixer à 7000 francs la paire », lâche ce trentenaire.

Tout juste à quelques mètres de chez Yatma, un autre magasin vend des chaussures locales. La dame Diary Sow contemple les chaussures pour chercher celles qui lui conviennent.

« Cela fait 6 ans que je me ravitaille en chaussures dans cette boutique de Abdoulaye Dieng. Après, je les revends à des amis ou à des parents. Les chaussures sont de bonne qualité et sont abordables comparées aux chaussures chinoises », lance-t-elle.

  Le grossiste explique : « Cela fait 20 ans que j’exerce ce métier. Toutes les chaussures que vous voyez exposées dans ce magasin sont confectionnées par mes frères.  Du fait du manque d’information, beaucoup de Sénégalais ignorent qu’à la rue 11 X 18, on vend des chaussures de qualité. Nos compatriotes doivent apprendre à utiliser tout ce qui est local », suggère-t-il.

« La vente des articles marche plus dans la sous-région comme le Mali, le Burkina Faso, le Tchad, le Bénin, le Niger qu’ici au Sénégal. Les chaussures ne sont pas chères car les prix vont de 2000 francs à 10000 francs la paire ».

Pour certains Sénégalais, la production locale est un véritable levier de développement économique pour le pays, même si aujourd’hui, elle est concurrencée par d’autres produits venant de l’extérieur sur le marché national.

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