Ibtihal El Khamiri : La nouvelle vie d'une Marocaine bien intégrée à Dakar

Amie avec tout le monde, amoureuse des plats sénégalais, portant merveilleusement les tenues sénégalaises, l’étudiante marocaine Ibtihal El Khamiri s'adapte bien à son nouvel environnement au pays de la Teranga. Elle a abandonné sa carrière de badiste au Maroc pour suivre des études en médecine à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar.

Jeune femme, regard intense et rose aux joues, elle traverse les couloirs du pavillon B1 à la cité Aline Sitoé Diatta ex Claudel, casque aux oreilles. Pas besoin de saluer, ici tout le monde connaît la marocaine de 19 ans. « Bithikhal », « iptie » « thie », hipthie » ou même « ibthikhal» son prénom subit toutes sortes de déformations.  

Habituée au fait que son appellation soit écorchée, elle réagit par un sourire aux nombreuses interpellations, avec amusement.

Au début, cela me gênait un peu mais quand j’ai compris que la plupart des Sénégalais ne se souciaient pas de bien prononcer mon nom, j’ai arrêté de les corriger».

Ainsi, elle rigole aux différentes versions de son prénom et répond chaleureusement. Étudiante en première année de médecine, elle précise que son nom est Ibtihal El Khamiri. Une petite recherche sur Google donne une des significations du prénom : « une personne ambitieuse, volontaire, en demande d’attention, mais surtout impulsive ». Bien des caractères qui définissent la personnalité de la jeune femme. Loin de l’idée du choix de son père qui pensait plus à la signification en arabe, une prière exaucée.

Alors que la fraîcheur du dehors s’invite jusque dans les chambres, elle consulte sa montre qui affiche 18 h 30. Avec un certain enthousiasme, elle lance : « je dois préparer mon ndogou (repas de la rupture du jeûne) ». Dans la petite chambre à deux qu’elle partage avec une autre compatriote, il y a tous les ingrédients et ustensiles nécessaires pour la soupe de harira et les crêpes.

C’est très rare que je fasse ma rupture dans ma chambre, le plus souvent, je vais chez Soda, une amie, parce que j’adore cette façon qu’ont les Sénégalais de partager la nourriture. Il y a tout une symbiose et des débats à n'en plus finir pendant le repas et même après », dit-elle attachant sa longue chevelure marronne.

Coup de fouet, oignons épluchés, épices émincées, elle s’affaire déjà à la préparation de ces deux plats. Dans une petite casserole déposée sur la plaque chauffante, elle commence par cuire un oignon avec de l’huile puis met la viande pour un harira à la marocaine.

Entre le sport et la médecine, un choix de taille

Si la jeune dame a choisi de suivre des études en médecine, c’est notamment pour rendre hommage à une de ses tantes décédée des suites d’une maladie cardiaque. « Elle adorait la médecine. A chaque fois, elle me disait, il faut faire médecine. Quand elle a rendu l’âme à cause d’une erreur de diagnostic, j’ai pris conscience de ma mission : apprendre à soigner les gens », explique-t-elle d’une mine assez morne.

Debout près de la table en bois posée à l’extrémité de la chambre, elle se rappelle encore la première fois qu’elle a mis les pieds à Dakar.  Loin de lui faire peur, la différence des cultures marocaine et sénégalaise, les comportements et l’accueil l’ont plutôt séduite.

« Dans l’avion, quand le commandant de bord nous a annoncé qu’on était sur le territoire sénégalais, j’ai survolé Dakar du regard à ce moment-là. J’ai compris que c’est une nouvelle vie qui s’offre à moi. Une vie où il n’y avait que moi, plus de parents qui me couvent et qu’ici il fallait que je m’adapte », explique-t-elle avec sa petite voix.

Au-delà de sa passion pour la médecine ou encore le journalisme et la politique qu’elle affectionne bien, la jeune femme, ainée de sa famille, est une sportive de haut niveau. Sept fois championne du Maroc de badminton, la jeune femme est une sportive née.

Entre dynamisme et passion, elle continue de pratiquer son sport au pays des champions d’Afrique. «Le badminton est un sport de raquette. Je le pratique depuis 10 ans et je suis championne du Maroc, depuis 2017, j’étais en U15 puis en U18 et maintenant U19», informe-t-elle.

Initiée par sa mère, professeure d’éducation physique, dans cette discipline d’origine anglaise, elle y trouve refuge. « C’est le seul moyen pour moi d’exprimer mon ressenti et de me défouler », indique-t-elle. Elle explique : « j’arrive à tenir, à m’adapter aux nouvelles réalités qui s’imposent à moi dans un pays étranger et à être plus responsable ».

Séparée de sa famille pour la première fois de sa vie, l’étudiante en médecine semble se fondre dans son nouvel environnement grâce à quelques réajustements. « Au Maroc, à chaque fois que j’avais un problème, je me tournais vers ma mère. J’étais trop dépendante. Mais venir ici, avoir à résoudre par moi-même les problèmes sans l’intervention de mes parents, c’est comme un choc », dit-elle, en rigolant.

Elle attire le regard et suscite…

Dès ses premiers jours au Sénégal, elle n’a pas tardé pour intégrer un club de badminton. « Je me rappelle quand j’ai ouvert la porte de la salle de sport au stade Léopold Sédar Senghor, tous les regards se sont braqués sur moi. J’étais en short,  je me suis sentie tellement mal à l'aise et depuis, j’évite beaucoup de choses surtout par rapport à mon style vestimentaire». 

Aujourd’hui, avec son emploi du temps chargé à la faculté de médecine, ses entraînements ne sont plus réguliers.

Dans les rues, loin de passer inaperçue, elle attire le regard et inspire de beaux discours aux hommes sénégalais. Sifflée par ci, hêlée par là, au bout du compte, la jeune femme affirme en avoir marre.  Elle a l’impression d’être harcelée.

« Vivre au Sénégal c’est avoir au moins dix demandes de mariage par jour, déplore Ibtihal. Des fois, je sors et il y a des Sénégalais qui viennent me dire ‘nob nala’ (je t’aime) et ça c’est dès la première discussion hein », regrette-t-elle avec beaucoup de frustrations.

Selon elle, « le problème au Sénégal quand tu dis non, les gens comprennent autre chose, tout le monde insiste, il te force la main, pour manger, pour donner un numéro, pour rendre un service vraiment tout quoi. Alors que chez moi quand on dit non c’est non et cela s’arrête là ».

Aubaine pour elle, la vie à Claudel demeure simple et facile pour le moment. Avec un pantalon de sport bleu clair qui marque bien ses formes callipyges, dans son étage, elle connaît tout le monde. D’ailleurs, certaines filles arrivent à remplir le vide laissé par sa famille.

Ses amies, Soda et Saye Diaw, la définissent comme une personne ouverte d’esprit qui s’intègre facilement et surtout cultive le sens du partage. Soda explique qu’Ibtihal se laisse facilement amadouer par certaines personnes. « Un jour, elle est venue me dire qu’elle a payé 13000 francs pour poser des faux ongles, j’étais subjuguée car c’est une vraie arnaque ».

ibtihal_elkhamri.png

Une parfaite adaptation

Étudiante à la faculté des sciences, elle est la première sénégalaise que la marocaine a côtoyé. 

« Cette nuit-là, il était 4 h du matin. Je l’ai vue faire les cents pas dans le couloir, se grattant un peu partout. Je me suis approchée d'elle, je lui ai demandé ce qui n’allait pas, elle m’a expliqué qu’elle n’arrivait pas à dormir à cause des moustiques. Je lui ai prêtée un moustiquaire. Après qu'elle m’a demandé pourquoi je l’ai aidée, je lui ai expliquée que parmi toutes les marocaines qu’il y a dans notre bâtiment elle est la seule à saluer les gens », raconte-t-elle.

Depuis lors, les deux jeunes femmes sont devenues de très bonnes amies.

Friande de films romantiques, Ibtihal regarde plus les cinémas indiens. « Je suis très sensible, sensuelle romantique. Le champ lexical du romantisme, j’entre dedans », dit-elle avant d'éclater de rires.

Alors qu’elle sert enfin les crêpes et la soupe de harira, son seul objectif est de se concentrer sur ses études pour que ses parents, notamment son papa, soit fière d’elle.

Rubrique: