Comédien, c’est trop sérieux…

« Que veux-tu devenir à la fin de tes études ? » est une question qu’on aimait s’envoyer entre camarades dans les cours des écoles élémentaires. Dans certains cas, elle s’invite jusque dans la cour de la maison. Me revient le souvenir d’un oncle qui me l’avait posée ainsi que la réponse que je lui avais chuchotée : professeur, lui avais-je dit. Professeur, c’était le mot à ne pas prononcer. Mon ambition était trop petite aux yeux de ce petit papa menuisier quelque part professeur, puisqu’il transmettait et transmet toujours son savoir et son savoir-faire à nombre de jeunes hommes qui, dans les ateliers, sont appelés apprentis. Depuis lors, je me cherche. Que veux-je devenir, que vais-je devenir, en fin de compte… ?

Mais avec le temps, j’ai rencontré une profession que jamais je ne pratiquerai. Non pas parce que je ne l’aime pas, mais, tout simplement parce qu’il est trop sérieux pour le volatile esprit que je suis. Je ne peux pas être humoriste, ça m'est impossible. Et, pour quelques raisons simples. Un humoriste de talent est forcément quelqu’un de trop intelligent, de trop exigent, de trop perspicace. Bref, trop de trop pour une profession apparemment facile, vu que tout le monde s’y met. Trop de trop, pour mon esprit qui n’en a que peu, de ces trop-là. Bref !

A la vérité, pour s’entretenir avec un public de choses qui lui parlent, il faut aimer ou alors faire semblant d’aimer l’information. Cette dernière, on le sait cependant, est quelque chose de trop sérieux.  Là apparait la difficulté, car, pour faire rire à partir d’une denrée aussi sérieuse que l’information, il faut beaucoup de génie. Traiter du stressant quotidien de manière à rendre digeste son lot d’info, faire consommer du stress pour vaincre en fin de compte ce stress ne sont pas choses données à un homme qui se voyait professeur. Parce que professeur aussi, c’est trop sérieux.

Humoriste donc je ne serai jamais, en ce sens qu’informer les gens d’une façon drôle sur des choses qu’ils savent déjà, c’est être plus qu’un journaliste. C’est être plus que sociologue, plus que psychologue. Sociologue pour pouvoir lire sa société. Psychologue pour pouvoir lire les gens de sa société. Et plus que tout cela, pour faire des notes de lecture qui soient drôles.  Beaucoup de plus ajouté à trop de trop dont je ne dispose pas et qui me font moins aimer les humoristes de mon pays. Qui suis-je d’ailleurs pour donner une appréciation de ce qu’ils font ! Pas d’appréciation, je me l’interdis. Juste dire ceci : quelque part, la fonction sociale de l’humoriste est de rendre moins sérieuses des choses qui le sont, et plus sérieuses d’autres qui ne le sont pas.