Ceuta et Melilla : Le devoir d’attenter à la vie des migrants

La sous-traitance de la gestion des migrants, par le crime organisé, ne choque pas les gouvernants africains. Pour des faits moins graves, des présidents africains s’indignent quand de telle criminalité s’abattent sur des citoyens occidentaux.

La gestion de la migration rappelle, de nos jours, l’esclavage, la colonisation et les camps de concentration de la deuxième guère mondiale. Des vidéos virales présentent, ce 26 juin 2022, 358 jeunes étalés dont des personnes assassinées et des blessés graves par les violences d’une bastonnade inhumaine survenue au Maroc. En ce moment, la préoccupation des gouvernants sub-sahariens se retourne sur ce qui ressortira de la rencontre du G7 dans un contexte larvé qui est marqué par la guerre en Ukraine. Ibra Lo Dieng, un éducateur social résidant en Italie, partage : « la vie de chaque migrant que nous recevons dans les camps constitue un parcours unique.» Des foules de récits dont il est dépositaire permettent d’explorer la misère d’une dignité humaine bafouée.

Pendant l’esclavage, on exploitait l’homme et on pouvait le bastonner mais on ne lui souhaitait pas la mort. Ce serait la perte d’une force de travail. Les évènements de Ceuta et Melilla prouvent que les migrants ont moins d’égards, de leurs contre maitres arabes aux services des maîtres européens,  que les esclaves du Moyen Age qui ne bénéficiaient pas de la déclaration universelle des droits de l’homme. Désormais, les migrants sont gérés par un régime pire que celui du pacte colonial. En vérité, la diffusion de ces vidéos reste un élément d’une campagne de publicité qui informe sur un nouveau paradigme pour la gestion de la migration. Désormais, il est possible d’exercer le devoir d’attenter à la vie des migrants.

Le partenariat UE-Afrique du Nord révèle peu à peu ses secrets. Les pays de l’Afrique du Nord semblent s’engager, par le crime organisé, pour endiguer le flux migratoire vers l’Europe dont les politiques impérialistes plombent les perspectives de développement économique et social en Afrique. La gestion des intérêts européens par des pays de l’Afrique du Nord pourrait devenir, dans les années à venir, une source de conflictualités en Afrique. Les Marocains qui s’adonnent à de telles pratiques peuvent exposer leurs expatriés à la vindicte populaire. On se rappelle, encore, la réaction des Nigérians contre les Sud-Africains à la suite des exactions subies par les Africains du Sud du Sahara en Afrique du Sud.  

Le silence des gouvernants africains intrigue plus d’un parmi leurs concitoyens. Et pourtant, pour des faits moins graves, des présidents africains s’indignent quand de telle criminalité s’abattent sur des citoyens occidentaux. Pour rappel, certaines sources indiquent que les atrocités infligées aux migrants africains au Maroc, le 25 juin 2022, concernent  358 citoyens issus de la Côte d’Ivoire (203), du Sénégal (45), du Cameroun (38), du Burkina Faso (27), du Mali (18), de la Guinée (16) et du Niger (11).

A quoi sert la diffusion des vidéos de Ceuta et Melilla ?  Les images diffusées ont été traitées. Ce sont des images de propagandes militaires : une arme dissuasive. En effet, les voix ont été extraites pour rendre leur visualisation supportable. Dans une vidéo, on peut voir un tortionnaire vérifier si un souffle est resté dans le corps de sa victime. Dans l’une des vidéos, on n’entend pas des gémissements mais l’affirmation du crédo de la foi islamique : « là ilaha ilala». C’est assez instructeur, celui qui le proclame sait qu’il vit, peut-être, les derniers instants de sa vie. On luttait pour le respect de la dignité humaine et de nos jours, on se retrouve avec des Etats modernes qui s’engagent dans le terrorisme contre les migrants.

A Ceuta et Melilla, un nouveau pas vient d’être franchi.

Cheikh Sidil K. MBAYE